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Samedi 21 octobre 2006

 

Toujours ces mêmes cris, réguliers, infernaux

Qui enferment la vie, dans son chant spasmodique,

Des éclairs ressassés, qui affectent nos maux

La lumière vibre, le son s’insinue ; panique !

 

Je vais, toujours, bercé par la vague délirante

Grossir mon oreille dépitée, rabattue

De rengaines immuables, illusions démentes

Qui enferment la vie sur ton visage tu.

 

Douceur, délice et amertume, le rythme, toujours

Vivant dans toute chose, perdu dans leur mémoire.

Closes, tes lèvres s’agitent, pour moi il n’est d’amour

Que dans ce mouvement non su : je t’aime en noir.

Par Alain Cioran - Publié dans : autrement-dit
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Samedi 21 octobre 2006

L’ordre, le mitsvah. Hurlés à la face du monde.

Jetés avec folie dans l’ardeur meurtrière.

Et l’homme, ensanglanté qui se jette aux pieds du totem imaginé : sacrilège !

Les yeux s’embuent, doucement,

        dans l’au-delà.

 

Et la haine luit, plus sourde, dans le mesquin poète.

 

« Vous avez eu tort de miser sur moi ».

Par Alain Cioran - Publié dans : autrement-dit
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Samedi 21 octobre 2006

La conscience de prendre vie s’enracinera dans le tumulte.

Eloge d’une existence inlassablement magnifiée

par la chute,

par la mort

et

par la détestation.

 

Du sérieux, un peu, pour vanter les souffrances,

pour torturer les attendris.

Un souffle nourri, pour proclamer le malheur !

 

Pas de miséricorde. Rien que des rires semés sur les trébuchements et des diplômes accordés aux tergiversations. L’éloge du factice.

 

Le programme d’une vie

Par Alain Cioran - Publié dans : autrement-dit
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Samedi 21 octobre 2006

Il est difficile, quand la terre s’est tue, de ne plus trembler. Elle parlait.

Tous les mots sont vides, ils sonnent creux. Existe-t-il une source ?

Je vois plutôt un acte vain, désespéré.

 

Oh, quel futile moment de grâce : La réplique brillante, le verbe outrancier. Et l’air gêné.

 

Silence.

 

C’est le non-dit, le vain, le tu. Et moi dans ses mots qui me noie.

 

Il n’y a pas d’espoir. Que cela soit dit.

Par Alain Cioran - Publié dans : autrement-dit
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Mardi 17 octobre 2006

Trois baisers à cette inconnue

 

Seule dans la nuit, allongée

Elle écrivait l’amour passé,

Monstre maniaque, réarrangé

Qui assèche les cœurs pressés

 

Sa main esquissait le désir ;

L’encre bleue durcissait la vie

Déjà dans ses yeux gris le pire

S’installait, déjà, la Survie.

 

Un souffle, une main qui se cherchent

Le cœur vacille dans l’instinct

Comme le poète revêche,

La fille a senti le larcin

 

Dans l’ombre du rideau se meut

Une effrayante créature

Des yeux perdus cherchant l’aveu

L’amant transi et son cœur pur

 

Ils viennent hanter son récit

Interdite, recluse, elle n’a

Déjà plus le style précis :

Tes grands yeux brillent ma Léna.

 

Posant la plume comme un guerrier

Vaincu, genoux à terre, vaincu

Elle s’approche, va nu-pied

Vers le volatile cocu

 

Son bras fin et délicieux

Caresse l’étoffe brunie

Dessine ses contours, curieux

Sans connaître l’âme punie.

 

Tout cela est si vain, Léna

Jamais ton bras et le mien

S’effleureront ; ne pleure pas,

Je suis poète et tu n’es rien.

 

Rien qu’une image qui s’agite

Quand apparaît cette étincelle

Notre pacte restera tacite

Et ta naissance est mon appel.


©  Alain Cioran

Par Alain Cioran - Publié dans : autrement-dit
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